Coll. Temps critiques - 372 pages - 33,50
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Mai 68 est d’abord un événement singulier, ni répétition des révolutions du passé, ni anticipation d’un futur déjà théorisé. Soudaine irruption du refus de l’existant et de sa reproduction, Mai 68 constitue un moment historique qui réalise la conjonction unique de deux mouvements de lutte jusque-là séparés. D’une part la contestation de toutes les institutions et des rôles traditionnels tenus par l’individu, d’autre part la mise en cause de la centralité du travail.
Il n’y a pas deux Mai 68. Un « Mai étudiant » puis un « Mai ouvrier ». Le premier étant « petit bourgeois » pour l’idéologie prolétarienne ou bien « hédoniste et libertaire » pour l’imagerie médiatique ; le second étant la manifestation de la puissance de la classe ouvrière dans « la plus grande grève de son histoire » ou bien la matrice de la libération des désirs des salariés et leur quête effrénée de satisfactions dans la société de consommation et de communication. Cette représentation, déjà active dès les lendemains de l’événement, n’a fait que se renforcer jusqu’à constituer aujourd’hui le « socle du savoir commun » sur Mai 68, celui qui est diffusé dans les manuels scolaires et ressassé dans les conversations courantes. Nous avançons ici l’unité de Mai 68. Unité de l’événement partout où il s’est exprimé ; unité du mouvement réel qui s’est manifestée sous ses habillages gauchistes, conseillistes ou anarchistes.
Le mouvement révolutionnaire en Italie a été justement qualifié de « Mai rampant » non seulement parce qu’il court sur la décennie 1968-78, mais surtout parce qu’il comporte les deux dimensions historiques concentrées en France sur deux mois : la fin du cycle des révolutions prolétariennes et l’émergence d’une ère de révolutions à titre humain.
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